Sous l’objectif de Ryan McGinley – Docteur Brad versus Mister Pitt

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Il y a quelque chose de l’ordre de l’extra-humain sous l’objectif de Ryan McGingley : il sait donner ce qu’il faut de lumière et de chaleur pour animer l’objet de ses attentions. Sensuels, sincères, les corps se révèlent dans une simplicité désarmante.

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Ce n’est pas « juste » Brad Pitt. En réalité, le mot est tellement galvaudé qu’il finit par déshumaniser celui qui le porte. Plus qu’une identité, c’est une marque de fabrique, un label qui a conquis le langage courant.

On en viendrait presque à oublier sa vocation d’acteur : qui se souvient de sa prestation dans Twelve Years A Slave, ange salvateur posé là, méfiant et craintif, ou de son magnétisme dévastateur dans The Tree of Life ?

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A la faveur d’un entretien accordé par l’acteur à l’édition US de GQ, le photographe prodige (que votre serviteur évoquait déjà ici il y a trois ans) renverse la table et expose la star comme rarement.

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A l’instant où l’on pense glisser dans le versant arty-chic sirupeux, l’artiste nous offre en sacrifice ses éraflures. Et puis ses yeux trempés, liquides, éperdus.

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A l’échelle du mythe, que reste t’il de l’homme, engoncé dans un luxe qui ne fait que l’esseuler davantage, et l’éloigner de son art ? Tentant de l’atteindre dans sa chair, Ryan McGinley ramène à nous un peu de l’enfant gâté.

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(« l’art du placement de produit me laisse songeur »)

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Les fluides qui vous parcourent sont aussi les miens, semble t’il affirmer, tandis que le temps s’impose à lui, implacable, s’infiltrant dans les sillons endoloris de son visage amaigri.

Inédit, ordinaire, c’est dans les tréfonds de cette humanité là, amère et silencieuse, que Ryan McGinley tire des clichés parfaits.

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Le cinquantenaire épuisé, avec ses tatouages effacés et sa gueule tordue, dépose sa peine ici, fier et chancelant. On en oublierait presque qu’il n’est que ce que nous en avons fait : une légende, avec toute l’infinie solitude qui s’y rattache.

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Photos@RyanMcGinley pour GQ US

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FAN !!

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(ndla : je ne vous le dirai jamais assez, lâchez tout, votre verre ou votre chéri(e) et venez liker la page FB du blog; de plus, cliquez sur les mots soulignés dans l’article. A la clef? Du vrai bonus pour vos oreilles et vos yeux! Bisous!)

Lorsque l’on songe à un artiste qui nous laisse dans un état similaire à la jeune fille de la photo, on ressent parfois l’envie de le côtoyer, d’en savoir un peu plus sur lui. Aime t’il les boissons sucrées ou le café en dosettes, apprécie t’il la musique classique, trouve t’il l’inspiration au bord de l’eau ou les pieds sur le bitume ? De nombreuses interrogations qui se résolvent souvent, il est temps de se l’avouer, à grands coups de thé-croissant, une poignée de magazines people à la main.

Le fait de vouloir s’insérer dans leur psyché autant que dans leur quotidien, dans leur lit autant que dans leur assiette rappelle à quel point l’altérité modèle toute notre condition: l’autre, c’est un presque nous amélioré ou empiré, qui nous attire, fort, fort.

Et lorsque l’on observe les artistes devenus stars, on aimerait leur exprimer tout ce que leur œuvre a apporté à nos vies, leur rendre un peu de toute cette lumière. Le problème vient du fait qu’en général, tous ces beaux sentiments se changent en un seul et même cri « Patriiiiiick !!!! Léoooooo !!!!! ». De loin, cela fait très peur. Bon, ok, de près aussi.

Parfois, l’hystérie cède le pas à la tétanie, comme à la vue des chiffres du chômage. Je me souviens avoir croisé Nicolas Fargues sans pouvoir exprimer une seule phrase correcte : les jambes molles, les mains frissonnantes, j’avais dans l’idée de lui présenter un compliment très spirituel…lequel se réduisit à un murmuré « j’aime beaucoup ce que vous faîtes ».

Les stars semblent parfois nous considérer dans notre ensemble, c’est-à-dire telle une masse informe et hurlante, implorante et scrutatrice, les pupilles rivées sur leur poids et leurs conquêtes.

Reste que pour nous, public, il serait si bon de se sentir considéré dans son individualité, son histoire personnelle, la cuillère en bois en guise de micro. Mais il n’en est rien et la star a son existence propre, ses préoccupations. Alors sa main tendue se fait molle, son regard est vague, sa parole stéréotypée. Comme si l’artiste se sentait contraint d’établir une distance, craignant la manifestation de notre liesse.
La foule, elle, regrette le temps où il prenait plus de plaisir à lui sourire, à se souvenir de quelques visages, à serrer des mains, à oublier le succès pour ne voir que la tendresse de ceux qui le portent aux nues.

Ce conformisme face à la foule se comprend autant qu’il interroge. Va t’il contaminer leur art? Dès lors, qui ranimera la flamme de la bonne vieille attitude punk, capable de grands poings levés au nez des biens pensants? Y’ en aura t’il, des Maurice Pialat, qui auront l’audace d’un « si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus » ? Lesquels se souviendront des cafés-concerts déserts, des connaisseurs qui les invitaient à vider quelques verres après un énième vernissage raté ?

Un rêve ? Plutôt une hâte : que les stars descendent de la scène afin de jouer, de peindre, de dessiner et de chanter les pieds nus entre nos tables, au plus près de nous ! Promis, on essaiera de hurler à voix basse…

Hauts les cœurs !

Crédit photo@Milkcheck.fr

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