Une amie

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Elle, c’est ton toi rêvé. Elle dit ce qu’elle pense. Elle ose les tenues les plus excentriques. Elle s’octroie le droit au « non », quand cela lui chante. Elle est ton parfait opposé.

Où que tu te trouves, tu entends toujours parler d’elle, comme si sa liberté fulgurante devançait chacun de tes pas. On ne tarit pas d’éloges à son égard, trop souvent, et cela a le don de t’ennuyer, tant elle semble avoir pénétré tous les interstices de ton intimité. Tu rêves d’elle, et tu te réveilles avec sa voix flûtée dans les tympans.

Elle a tout, tout pour être heureuse : le métier idéal, des collègues dévoués, un mari plein d’empathie. Parfois, tu te surprends à espérer que son magnifique tapis d’Iran l’engloutisse toute crue, et la régurgite dans l’espace, loin de ta rue, de ta petite vie bien proprette et sans risques.

Tu la surveilles du coin de l’œil, tu espères surprendre un peu de ce chagrin niché entre deux plaisanteries. Tu espères la coupe de champagne de trop, celle qui fait accoucher des secrets les plus honteux. Mais non, elle demeure, éternellement avide de vie, de lumière et d’éclats de rire. Elle est belle, unique, ténébreuse.

Un jour, tu la retrouves pour déjeuner, chez elle. Elle n’est pas maquillée, et encore plus radieuse qu’à l’accoutumée. Le repas est délicieux, frais, copieux, tu te régales tant des mets que de ses anecdotes de voyage savoureuses. Entre le dessert et le café, tu ne tiens plus en place, tu as envie de savoir. Comment fait-elle pour être aussi parfaite et accomplie ?

Elle prend le temps de finir son bol de profiteroles faites maison avant de parler. Tout est soudainement silencieux dans son loft. Enfin, elle lève lentement les yeux vers toi et, tout en esquissant un sourire, elle t’offre une réponse que tu n’oublieras jamais : c’est dans mes rires les plus sonores que ma tristesse s’exprime le mieux. Tu te promets de devenir enfin pour elle l’amie que tu aurais dû être depuis bien longtemps.

Image@lucaszimmermann

« Et avec vos frites? Un peu de contre-culture, peut-être? »

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Pensée globale, je te mets au défi, une fois n’est pas coutume. Ce n’est pas un affrontement final, non, loin de là, juste un petit moment que j’ai décidé de consacrer à ton futur démantèlement.

Il est certain que tu nous permets de savoir plus vite et plus loin, sans reprendre notre souffle. Tu glisses et contamines tout, avec l’assurance de ceux qui savent déjà que rien ni personne ne saurait les freiner dans leur lancée. Et nous t’aliénons avec plaisir une belle partie de notre libre-arbitre, pour une infime parcelle de satisfaction immédiate. A consommer sans tarder, hein, car demain sera déjà là bien assez tôt. Et nous avons encore nombres d’actus et de sensationnel à engloutir, sans appétit. Déjà trop vieux?

Tout est parfaitement limpide: je suis un animal pensant. Social? Hum, laissez moi le temps de vérifier ma jauge d’amis…Que nous reste t’il alors, qui soit vraiment à nous et pas encore prémâché? Le temps passe, et j’écrase mon nez contre la vitre qui me fera basculer du côté du plus grand nombre sans parvenir à me décider. C’est aussi que la sensation de partager un cerveau unique avec l’humanité n’était pas dans mes plans.

Le temps de la rébellion passera t’il donc par un grand autodafé d’écrans plasma et de smartphones désossés?  Pas vraiment, ce serait contre-productif.  Seulement, comment nier le délice que nous éprouvions jadis (sic) lorsque nous dénichions le dernier disque pas encore chroniqué par la blogosphère entière, l’artiste un peu raté, un peu génial disparu brutalement, le visage du doubleur cinéma de voix si familières, une soirée dans un bar interlope où les rondeurs sont célébrées sous un soleil orgiaque et presque mythologique?

Je ne sais pas vous, mais il est bon de s’imprégner de ce qui se passe autour de nous, pas de si loin, pas de trop près. Parce que les gens biens, les étranges, les frères oubliés des stars, les freaks, les industriels à dreadlocks ont aussi une histoire qui mérite le coup d’oeil.

Prescription immédiate: un numéro du mensuel Gonzaï. Et?
Disons qu’en attendant que l’oxygène devienne une denrée cotée en Bourse et que nous n’ayons plus que quatre orteils et un œil unique, je savoure, à moindre frais et petites lampées des articles dictés par aucune « actu » servie bis repetita. Ici, l’AFP est une ogresse furieuse d’avoir été privée de sa pitance de papier, d’ironie et d’esprit critique depuis si longtemps. Plaisir retrouvé de parcourir la faconde de rédacteurs dopés à des substances non encore répertoriées…Quoique, à la libre-pensée, peut-être…

Haut les cœurs !

Crédit photo @Gonzaï ( http://gonzai.com/)

 

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