Sous l’objectif de Ryan McGinley – Docteur Brad versus Mister Pitt

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Il y a quelque chose de l’ordre de l’extra-humain sous l’objectif de Ryan McGingley : il sait donner ce qu’il faut de lumière et de chaleur pour animer l’objet de ses attentions. Sensuels, sincères, les corps se révèlent dans une simplicité désarmante.

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Ce n’est pas « juste » Brad Pitt. En réalité, le mot est tellement galvaudé qu’il finit par déshumaniser celui qui le porte. Plus qu’une identité, c’est une marque de fabrique, un label qui a conquis le langage courant.

On en viendrait presque à oublier sa vocation d’acteur : qui se souvient de sa prestation dans Twelve Years A Slave, ange salvateur posé là, méfiant et craintif, ou de son magnétisme dévastateur dans The Tree of Life ?

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A la faveur d’un entretien accordé par l’acteur à l’édition US de GQ, le photographe prodige (que votre serviteur évoquait déjà ici il y a trois ans) renverse la table et expose la star comme rarement.

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A l’instant où l’on pense glisser dans le versant arty-chic sirupeux, l’artiste nous offre en sacrifice ses éraflures. Et puis ses yeux trempés, liquides, éperdus.

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A l’échelle du mythe, que reste t’il de l’homme, engoncé dans un luxe qui ne fait que l’esseuler davantage, et l’éloigner de son art ? Tentant de l’atteindre dans sa chair, Ryan McGinley ramène à nous un peu de l’enfant gâté.

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(« l’art du placement de produit me laisse songeur »)

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Les fluides qui vous parcourent sont aussi les miens, semble t’il affirmer, tandis que le temps s’impose à lui, implacable, s’infiltrant dans les sillons endoloris de son visage amaigri.

Inédit, ordinaire, c’est dans les tréfonds de cette humanité là, amère et silencieuse, que Ryan McGinley tire des clichés parfaits.

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Le cinquantenaire épuisé, avec ses tatouages effacés et sa gueule tordue, dépose sa peine ici, fier et chancelant. On en oublierait presque qu’il n’est que ce que nous en avons fait : une légende, avec toute l’infinie solitude qui s’y rattache.

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Photos@RyanMcGinley pour GQ US

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[De retour du théâtre] Roméo & Juliette – Théâtre du Ménilmontant, Paris 20ème

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Quand la tragédie la plus célèbre au monde et l’une des compagnies les plus prometteuses du moment, Les Chiens Andalous, se réunissent, que peut-il arriver de mieux, finalement, un mercredi soir, après une journée à courir après le temps, son mec (Matthias Schoenaerts, pour ne pas le citer – comment cela, je rêve ? Et c’est interdit peut-être?), et des urgences au bureau, à en perdre haleine ?

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Les Chiens Andalous, c’est une meute de onze artistes aux horizons confondus (Marion Conejero, Karl Philippe, Thomas Silberstein, Paul Reulet, Danièle Yondo, Zerkalâ, Pauline Marbot, Luca Gucciardi, David Réménièras, Alexandre Gonin et Jean-Charles Garcia) avec un objectif commun : éclater cette épaisse cloison de verre entre le public, le texte et la scène.

Adieu, trois coups : ici, le silence s’installe de lui-même plutôt qu’il ne s’impose ; la pièce s’ouvre par une silhouette spectrale, dont l’aura envoûtante présage du drame à venir.

Ce « Roméo et Juliette » là surprend par son audace : les acteurs sillonnent la salle, tel un territoire enfin reconquis. Ils poursuivent sur scène une conversation débutée parmi nous. Ils nous lancent des regards inquisiteurs, s’éloignent par l’issue de secours, se bousculent au milieu des habiles décors de Pierre Mathiaut : nous voici à Vérone !

Quant à la création lumière, plus qu’un éclairage, Vincent Mongourdin offre un écrin idéal aux amours contrariés de R&J. Ici, des corps parcourus d’un flash frénétique, leur chorégraphie hypnotique berçant la rencontre des amants maudits. Là, une sérénade qui, à la faveur de la nuit, tout en ombres chinoises,  imprègne des toiles tendues dont on aimerait tant qu’elles les enveloppe, les sauve de leur funeste destin.

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La musique, elle, parvient à synthétiser toute la palette des émotions qui fusent. Aux commandes, Zerkalâ, dont la bande-son inédite, furieusement décalée, achève de briser les frontières académiques. Parce qu’il en faut, du talent, pour remixer tout en douceur « Du Hast » de Rammstein pour une pièce si jeune, à peine 400 ans…

Et si nous allions nous aussi à la reconquête de l’espace théâtral, y prendre place comme si nous ne l’avions jamais quitté ? C’est que, devant cette plongée inédite au cœur du drame qui a façonné notre rapport au sentiment amoureux, il devient urgent de s’installer dans ces fauteuils moelleux, se rendre à la rencontre de cette troupe géniale, de cette mise en scène quasi cinématographique de Marion Conejero et applaudir chacun de ces acteurs incandescents qui nous offrent, chaque mercredi, leur talent, leur transe et leur tendresse.

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Parce que ce dévouement au service d’un spectacle total, à l’émouvante sincérité mérite d’être admiré, et précieusement conservé en mémoire, avec cette certitude, une fois les lumières rallumées et le chemin vers le métro entamé, qu’on « y était ». A vous, les Chiens !

 

Roméo et Juliette de William Shakespeare, mis en scène par Marion Conejero, Théatre de Ménilmontant (Paris 20ème)

Artistes :  Thomas Silberstein (Roméo), Marion Conejero (Juliette), Luca Gucciardi (Mercutio), Pauline Marbot (Lady Capulet), Daniele Yondo (La Nourrice), Paul Reulet (Frère Laurent), David Remenieras (Pâris), Jean-Charles Garcia (Capulet), Karl Philippe (Tybalt), Alexandre Gonin (Benvolio) et Mateo Lavina.

 

Où est (vraiment) le cool?

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Sérieusement, il serait temps d’y voir un peu clair dans la coolosphère. Cela devient terriblement délicat de s’y retrouver. Entre les montures de lunettes en bois et le retour des New Balance, on oscille doucement entre lassitude et désespoir. Même les webzines tournent en rond, s’abreuvant tous au même point d’eau.

Le cool ressemble un peu à un privilège, celui de ceux qui savent où tourner leur regard lorsque tous attendent encore que la bonne option leur soit sagement indiquée. Il se fait furtif, se mouvant discrètement aux abords du dangereux fleuve mainstream.

La conséquence immédiate reste que l’amateur de culture pas encore cuite, avec ce petit trait d’acidité qui fait toute sa rareté, ne sait plus à qui se fier. Les défricheurs radiophoniques les plus rodés se laissent doucement concurrencer par des sites bricolés avec la malice du talent.

D’ailleurs, qu’est-elle est donc, cette fichue tendance ? Quelqu’un l’a t’il déjà vue se fixer plus de cinq minutes à la terrasse du Tuck Shop ? Non, elle préfère de loin s’éloigner des allées trop policées de Paris Plage pour rallier l’électro-barbue et Ray-Bannée du Glazart. Pour le meilleur?

Pour Alain Cavalier, le cool absolu, c’est un  couple de réalisateurs se  filmant pendant quarante-huit heures au quotidien, sans aucune censure, le cinéma éclatant face à tant de nouveauté. Le cinéma, peut-être, mais pas notre indifférence crasse héritée de nos années Wanadoo. Non, le cru a perdu sa saveur interlope: on veut plus! Plus d’imaginaire mais mâtiné de réalité, plus de frontières molles entre le songe et les pavés gris pastels de la rue du Nil.

Mais où est donc ce sacré cool ?

Certains forums proposent une nomenclature suprême à ceux qui s’interrogent et suivent doctement les conseils 3.0 délivrés par une Pythie toute de plastique et de cristaux liquides. D’autres tentent la paire de tongs siglée…hum…

Où loge t’il?

Dans ces soirées pyjamas fichées dans un hôtel luxueux, au perron habituellement infranchissable ? Dans ce concert illégal sous influence dans un wagon de métro ? Les bornes se fondent dans le décor et les castes éclatent.

Le cool se laisse soudain deviner au détour d’une œuvre de Théo Mercier, où le bizarre embrasse à pleine bouche une drôlerie dérangeante. Il montre une mèche peroxydée du côté d’Ostende, histoire de marcher dans les pas d’un Marvin Gaye en perte de vitesse, plus borderline et inspiré que jamais. Il abhorre les films centrés sur les jeunes filles en fleur, leur préférant les fables douces-amères d’Alice et Virgile, peuplées de garçons de bonne famille terriblement beaux et lâches, et d’amoureuses venimeuses, un poil obscènes, pour notre plus grande confusion des genres.

Surtout, on souhaiterait que le cool n’aime ni le bubble tea, ni les Vans customisées (mais aux Gens Pressés, on veut bien vous les garder, si, on insiste!), plutôt un Fuzati éméché en costume trois pièces jetant des canettes de vin rouge sur l’équipe de tournage de Paris Dernière.

Et tandis que kim Novak nous abandonne au coeur d’un paysage musical fait d’amour absolu et de fins de partie amères, de douce latérite mélancolique et de mouvements de danse que l’on n’aurait jamais osé esquisser, le cool sommeille un peu, lessivé par tant d’écarts de conduite, certain que d’ici une heure ou deux, ses poursuivants, par paresse ou manque de malice, auront tôt fait de le confondre avec….un album de Daft Punk. Cool ou pas cool ? Ah !

Hauts les cœurs !

ps: les liens soulignés en rose sont faits pour être cliqués et dévorés. Enjoy!

Crédit gif @Tumblr

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