Se taire (ou pas)

secret.gif

Quand on s’est retrouvé, je me suis mordu la langue tout en pensant à un canard qu’on gave avant qu’il n’ait pu révéler les Grands Mystères de l’Humanité (tous les canards en sont les gardiens, en avez-vous seulement conscience ?). Me taire, à tout prix.

Elle m’a souri, m’a raconté ses misères professionnelles. A peine je l’écoutais, mauvaise amie que je suis, mais j’avais mieux à faire : devais-je ou pas évoquer son nouveau mec, alias Le Mal Incarné, alias le mec que j’ai surpris la bouche malencontreusement pressée sur le (*bip*) d’un être féminin non identifié à Petit Bain (on a tous le droit de se perdre), alias Celui Qui Ne Rappelle Jamais, alias celui qui a cru que l’empathie c’était le nom d’une marque de bière.

Elle me parle, elle a des cernes sous ses jolis yeux gris, mais je lui dit qu’elle est radieuse, et elle me sourit, et, miracle, elle irradie. « Tu as réussi à me faire décocher mon premier sourire de la journée » dit-elle. « C’est pas moi, c’est ton troisième verre de rosé plutôt, ivrogne ». Et la soirée s’annonce douce, mais je mijote à petit feu avec ce secret qui me dévore de l’intérieur depuis soixante-dix sept heures.

On se connaît bien. Pas par cœur (excepté si on considère que s’appeler à trois heures du matin pour savoir, terrifiée, si embrasser trois mecs au cours de la même soirée peut être considéré comme un rapport à risques intègre largement la zone du « par cœur ») mais suffisamment pour reconnaître les signes d’un malaise qui se dresse entre nous, façon montagne rose fuchsia surmontée d’une pancarte lumineuse et fluorescente « faut qu’on se parle ».

Elle croque un cornichon. « Alors ? ». Livide, tel est mon nom.

« Quoi ?

– Quoi, quoi ? A toi de me le dire, tu es pâle comme une meuf qui aurait vu Boy Georges sans make-up ».

On rigole, et ça me fait oublier tout le reste. Ok, vu la qualité de la blague, le rosé y est vraiment pour quelque chose. L’amitié, c’est le rempart ultime. Elle, c’est l’alpha de mon omega. Je ne peux pas lui faire ça. Et je scelle ce serment intime en aspirant une tranche de rosette enroulée dans une autre de comté. Et une autre de rosette, je l’avoue.

« Alors ?

– Sérieusement, j’ai rien à te dire.

– Oui, et c’est ça qui m’étonne. Bon, si tu ne te décides pas, moi en revanche, je pense que j’ai deviné ce que tu caches.

– Ah oui ? Vas-y, balance ?

– Je vais être tata !

– ???

– Allez, arrête : ton tour de taille qui a doublé, au bas mot, ta tête à l’envers, tes fringues à l’arrache…Je continue ? Je brûle ou quoi ?

– Chérie, non, tu es plutôt glacée. Et au fait, ton mec te trompe. On reprend une planche, ou bien ? ».

…on avait dit pas le physique, quoi.

Publicités

[De retour du théâtre] Roméo & Juliette – Théâtre du Ménilmontant, Paris 20ème

rj-1

Quand la tragédie la plus célèbre au monde et l’une des compagnies les plus prometteuses du moment, Les Chiens Andalous, se réunissent, que peut-il arriver de mieux, finalement, un mercredi soir, après une journée à courir après le temps, son mec (Matthias Schoenaerts, pour ne pas le citer – comment cela, je rêve ? Et c’est interdit peut-être?), et des urgences au bureau, à en perdre haleine ?

r&j3.gif

Les Chiens Andalous, c’est une meute de onze artistes aux horizons confondus (Marion Conejero, Karl Philippe, Thomas Silberstein, Paul Reulet, Danièle Yondo, Zerkalâ, Pauline Marbot, Luca Gucciardi, David Réménièras, Alexandre Gonin et Jean-Charles Garcia) avec un objectif commun : éclater cette épaisse cloison de verre entre le public, le texte et la scène.

Adieu, trois coups : ici, le silence s’installe de lui-même plutôt qu’il ne s’impose ; la pièce s’ouvre par une silhouette spectrale, dont l’aura envoûtante présage du drame à venir.

Ce « Roméo et Juliette » là surprend par son audace : les acteurs sillonnent la salle, tel un territoire enfin reconquis. Ils poursuivent sur scène une conversation débutée parmi nous. Ils nous lancent des regards inquisiteurs, s’éloignent par l’issue de secours, se bousculent au milieu des habiles décors de Pierre Mathiaut : nous voici à Vérone !

Quant à la création lumière, plus qu’un éclairage, Vincent Mongourdin offre un écrin idéal aux amours contrariés de R&J. Ici, des corps parcourus d’un flash frénétique, leur chorégraphie hypnotique berçant la rencontre des amants maudits. Là, une sérénade qui, à la faveur de la nuit, tout en ombres chinoises,  imprègne des toiles tendues dont on aimerait tant qu’elles les enveloppe, les sauve de leur funeste destin.

rj4

La musique, elle, parvient à synthétiser toute la palette des émotions qui fusent. Aux commandes, Zerkalâ, dont la bande-son inédite, furieusement décalée, achève de briser les frontières académiques. Parce qu’il en faut, du talent, pour remixer tout en douceur « Du Hast » de Rammstein pour une pièce si jeune, à peine 400 ans…

Et si nous allions nous aussi à la reconquête de l’espace théâtral, y prendre place comme si nous ne l’avions jamais quitté ? C’est que, devant cette plongée inédite au cœur du drame qui a façonné notre rapport au sentiment amoureux, il devient urgent de s’installer dans ces fauteuils moelleux, se rendre à la rencontre de cette troupe géniale, de cette mise en scène quasi cinématographique de Marion Conejero et applaudir chacun de ces acteurs incandescents qui nous offrent, chaque mercredi, leur talent, leur transe et leur tendresse.

rj-2

Parce que ce dévouement au service d’un spectacle total, à l’émouvante sincérité mérite d’être admiré, et précieusement conservé en mémoire, avec cette certitude, une fois les lumières rallumées et le chemin vers le métro entamé, qu’on « y était ». A vous, les Chiens !

 

Roméo et Juliette de William Shakespeare, mis en scène par Marion Conejero, Théatre de Ménilmontant (Paris 20ème)

Artistes :  Thomas Silberstein (Roméo), Marion Conejero (Juliette), Luca Gucciardi (Mercutio), Pauline Marbot (Lady Capulet), Daniele Yondo (La Nourrice), Paul Reulet (Frère Laurent), David Remenieras (Pâris), Jean-Charles Garcia (Capulet), Karl Philippe (Tybalt), Alexandre Gonin (Benvolio) et Mateo Lavina.

 

Le Front de Libération des Filles Mal Casées

Chez les Gens Pressés, les théories les plus constructives et élaborées, cela circule en permanence.

Aussi, en cette nouvelle année, il est temps de se parler franchement, droit dans les yeux, les coudes bien enfoncés sur la table.

C’EST QUOI CETTE HISTOIRE DE FRONT?

Le FLFMC, on l’attendait sans même le savoir (et le vouloir).

C’est pour cette jeune femme qui fait une prise de krav maga à un type dans sa cuisine (c’était en fait son mec avec un bouquet, surprise d’anniversaire). Ce sont pour ces filles qui poussent un cri de stupeur en apercevant un intrus sous leur douche (leur mec).

hand bone.gif

HEIN?

Mais oui, admettons-le : on en a tous croisé, de ces couples mal assortis. Elle, héroïne de sa robe vintage et de son compte Instagram 100% filtre Nashville, et lui, sorti d’un clip de Nekfeu…ou de Leroy Merlin, soit des profils irréconciliables.

MAIS QU’EST CE QU’ILS FONT ENSEMBLE?

Ils jouent aux dés, ma bonne dame, et puis ils vont au resto, à des concerts…tout ce qu’on peut finalement pratiquer aux côtés d’une perruche particulièrement bien dressée.

Selon des statistiques récentes, les 25-35 ans en couple estiment que la sexualité ne les passionne pas…entre un câlin et la résurrection de Jon Snow, le choix est donc vite fait.

ET L’AMOUR BORDEL?

Le problème, c’est qu’ils se sont rencontrés chez Noémie, leur meilleure amie respective qui désespérait de ruiner leurs vies les réunir, parce que des célibs en soirée, c’est bien connu, ne sont pas dignes de confiance : trop de sexyness (parce que supposés toujours prêts pour the rencontre), trop d’innocence cruelle (« bien sûr que si, l’âme soeur existe. C’est juste que tu n’as pas eu de chance »), trop de temps pour devenir un femme parfaite (expos, tricot, vlog)…trop de tentation de faire croire à un monde meilleur aux malheureux à deux.

Alors, une tartine de tarama, un verre de bière brassée à Montreuil et trois crackers au quinoa plus tard, nos trentenaires se sont connectés…oubliant que le cœur, lui, on le géolocalise dans la poitrine, oui oui, non pas dans des photos de profil tellement clichés que ça en devient criminel.

giphy.gif

MAIS NOOON…

Bah, si. Et se mettre en couple par paresse / ennui / habitude, c’est le mal du siècle. Hier encore, l’amie-de-l’amie-en-couple-depuis-le-collège m’affirmait « je n’ai aucun problème avec le fait de ne rien partager avec mon mec. Pas les mêmes goûts, pas les mêmes potes, pas d’affinités particulières »

get out.gif

DU COUP, TA SOLUTION MIRACLE?

On arrête la mascarade et on accepte qu’on s’est planté. On se libère de la moitié affalée sur le canapé, encastrée entre Netflix et la Wii. Lui aussi vous remerciera…lorsqu’il aura recouvré l’usage de ses sentiments : aller à la rencontre d’une personne qui te fait perdre tes moyens et te sentir mille fois plus vivante que devant un Shake Shack juteux.

 NAN MAIS QUAND MÊME…

Il n’y a pas de mais. Trop de célibataires, et trop de mal encouplés. La solution est simple, il faut permettre LA rencontre à ceux qui devaient se rencontrer, mais qui ont été interceptés en cours d’élévation pour un alter-ego par défaut.

De toute façon, les couples concernés seront uniquement ceux pour qui le seul avantage d’être ensemble…c’est de ne plus être célibataire ou « d’avoir quelqu’un à la maison ».

MAIS TU ES QUI POUR JUGER LES AUTRES, HEIN?

Je suis la descendante légitime de Chuck Norris, Magneto, Highlander et le Grinch. J’ai donc objectivement tous les droits.

ET  ÇA VA ME COÛTER COMBIEN TON SYSTEME?

150 litres de larmes de rage (quand l’autre aura trouvé SA personne-très-spéciale avant toi / trop rapidement). Sans compter le nombre incalculable de pattes d’oie qui vont s’installer durablement sur ton visage tant tu vas sourire, sourire, sourire à la vie aux côtés du mec-qu’il-te-fallait-mais-tu-n’imaginais-même-pas-qu’il-existe-en-vrai. Ah, elle est fumeuse ma théorie?

don t care.gif

ÇA VIENT D’OÙ CETTE HISTOIRE DE CELIB RAGEUSE?

Déjà, ce n’est pas du tout le cas, mon IPad et moi, on vit une relation fusionnelle.

Juste un ras-le-bol de ces « c’est compliqué » sur FB ou encore de ces « célibataires » virtuels qu’on croise pourtant toujours avec la même fille depuis 2 ans en soirée. Ou encore celui là  qui te complimente / t’invite mille fois / surlike ta page…et te répond le jour où tu oses poser ta main sur une des frites de son kebab (aucun message subliminal ici), « ah non mais je suis avec ma copine depuis 4 ans hein, c’est juste qu’elle vit à Pékin pour 6 mois. Qu’est ce qu’elle me manque, d’ailleurs« . Tiens, tu sais quoi, je crois que je peux t’aider à la rejoindre rien qu’avec une tarte monumentale dans ta gueule, on essaie pour voir?

WOUAH… AU FINAL, TU M’AS CONVAINCUE…C’EST FAISABLE?

J’y crois. Le CNRS moins. Les couples encore moins. Les vendeurs de rose Métro République me détestent (« à quel mec qui se sent coupable va t’on les vendre, nos fleurs surgelées, si tout le monde sourit à la vie, hein? »).

L’appli est en cours de création. Reste à trouver un nom: j’ai déjà refusé « Troc 2 Toi » (trop collocation), « Casse Toi Pour Moi » (trop vrai), et « Toi, Toi Loin d’Mon Toit ». On attend vos suggestions.

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :