#MecFragile

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 #LooseRoyale :

Il ne cherche à être ni séduisant, ni désirable. Dégaine mi has-been, mi-hipster (synonyme?), il aurait pu inventer les claquettes-chaussettes sans même s’en apercevoir. Il ne sait pas plaire, et cette ignorance-là est d’une efficacité redoutable. Sur vous, en tout cas.

#RencontreEnTarifChômeur :

Vous le croisez, enfoncé dans son siège, lors d’une séance de ciné matinale (5 euros) désertée de tous sauf d’un couple de retraités ensommeillés (gratuit pour les détenteurs de la Carte senior). Il vous a repérée, mais préfère se plonger dans l’admiration de son emballage vide de Twix (échantillon gratuit), moins risqué. Il finira par vous offrir un expresso Selecta (40 cents). Le sachet de madeleines (1,50 euros), ce sera pour le 3ème rencard, hein.

#SosMédecin :

Lors de votre premier date, il a rougi si fort que vous avez craint qu’il fasse un infarctus. Puis il a trébuché, tête la première, devant une de ces terrasses de café aux mille regards impitoyables (« lui ? Non, non, je ne le connais pas »).

Mais le plus gênant, c’est lorsqu’il s’excuse en butant contre la table basse, noie trois fois son Iphone dans la cuvette des wc, s’entaille la main avec une boîte de maïs à ouverture facile (?!), se fait mordre par un chat errant qu’il voulait secourir, saigne du nez quand il rit trop fort, noie trois fois son Samsung dans son bo-bun.

#AntiChuckNorris :

Votre premier «  je t’aime » ? Le souvenir de sa crise de larmes vous cause des insomnies (et de grands fous rires). Ses préliminaires émus de 45 minutes ? Vous enragez (« mais vas-y franchement, quoi ! »). Un verre de rosé dilué avec des glaçons ? C’est à peine s’il tient sur ses jambes. Vous avez honte de le battre systématiquement au bras de fer.

Pour lui, un écart alimentaire consiste à se resservir deux fois du quinoa. Ses jeans baggys font office de caleçons sur vous. Ses bras ? Ils sont si fluets qu’il peine à vous porter jusqu’au lit, vous et votre taille 38. Euh, ok, 40. Euh, ok, 42. Euh, ok…

#Sniper :

Ses remarques ou ses (rares) compliments tombent toujours à côté de leur cible et ressemblent à des exécutions sommaires (« je ne sors qu’avec des filles rondes », « je ne te ressers pas, j’imagine que tu es au régime »). Vous aimeriez lui rendre la pareille, mais au regard de sa constitution, vous préférez attendre de suivre d’abord votre stage de premiers secours.

#SourireEmailDiamant :

Tellement de raisons de prendre la fuite. Et puis, il vous sourit. Pas seulement avec ses lèvres ou ses yeux, mais avec ses joues, son front, ses cheveux, son buste #40°CàL’ombre.

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Quand il vous regarde, c’est comme s’il rêvait de vous avant de répondre, comme s’il avait sondé votre cœur sur le vif, sans aucun code à composer (que vous-même aviez oublié, entre deux mecs sans humour et un parfait rencard avec un parfait con) #CoupDeFoudreSansContact.

Vous fondez toute entière, dissoute en un seul battement de ses cils. Pauvre de vous. Un mec fragile ? Un mec, quoi.

 

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[J’ai essayé pour vous] Entretien avec un contrat à durée déterminée.

entretien avec un vampire

« Signe! » « Je sais pas, j’ai comme un doute… »

 

Un long silence.

Je n’ose pas le regarder dans les yeux, alors, je fixe un point juste au-dessus de son épaule, histoire de donner une impression de concentration intense.

Je pense que je louche un peu, du coup.

Est-ce que vous comprenez notre positionnement ?

Je n’ai rien écouté, et pour cause : je crève de chaud.

Et puis j’ai faim, rapport à mon régime express afin de rentrer dans ce tailleur-spécial-entretien que je n’avais pas ressorti depuis des lustres.

Ma veste me serre sous les aisselles, ma ceinture me broie le ventre, mes pieds, comprimés dans les escarpins de ma pote Myrtille ont atteint un état de lividité cadavérique : quitter le bâtiment en rampant, ça, c’est fait.

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Oui, absolument.

Le voilà reparti dans son monologue. Sa veste en velours laisse entrevoir des boutons de manchettes décorées d’une fleur de lys. Est-il noble ou juste horriblement has-been ? Sa raie sur le côté et sa montre aussi rutilante que les Champs-Élysées le jour de Noël me donnent la réponse.

Je ne sais pas s’il me parle ou s’il s’écoute parler. S’il s’écoutait, il se suiciderait sûrement.

Quand il aborde comment il a intégré l’entreprise, à vingt-deux ans, en sortant de KFC, pardon, de HEC, j’ose un regard vers la baie vitrée : quelle vue magnifique ! Cette salle serait parfaite pour mon anniversaire : on pourrait utiliser ce mec comme d’une piñata…

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On est d’accord sur le principe, n’est-ce pas ?

Il fait le fier, sans que je sache bien pourquoi. Sans doute croit-il que je lui fais de l’œil : j’essaie juste de retenir mon eye-liner qui se mêle à ma sueur et menace de me rendre aveugle.

Tout à fait, c’est très juste.

Il ouvre le chapitre des qualités requises pour le poste. Je me concentre :

Le candidat de base se doit, au regard de la conjoncture actuelle, de posséder :

  • des connaissances larges des institutions, du droit, de la médiation culturelle et du système économique européen,
  • la maîtrise de Powerpoint, Photoshop et du logiciel de gestion COMPTASANSTVA,
  • un CAP BBG (Boulangerie-Boucherie-Garagiste),
  • un Master II en économie participative et en droit public,
  • le CAPES,
  • un LLM,
  • ainsi que de très bonnes notions de marketing, de droit rural, de stylisme,
  • une expérience à l’étranger…pour ce poste prestigieux d’hôtesse d’accueil.

J’acquiesce machinalement, trop occupée par une corde dépassant de son tiroir. Est-ce qu’il joue à se pendre, comme ça, entre deux rendez-vous ?

Vous souriez, et je le comprends tout à fait, mais comprenez bien que malgré les qualités de votre parcours et votre expérience, vous serez rémunérée, bien évidemment, sans que cela soit pris en compte.

Ah zut, la partie rémunération est en train de m’échapper !

J’ose un :

Je n’ai pas de prétentions particulières, juste un environnement de travail équilibré, stimulant et soucieux de voir une femme progresser. Et, somme toute, un salaire motivant me permettant de donner le meilleur de moi-même, voire, soyons fous, payer mon loyer.

Un silence, il me fixe, stupéfait.

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Soudain, il éclate d’un rire tonitruant : les verres de ses lunettes explosent.

Des canines d’une longueur inquiétante dépassent de ses lèvres. Sa chemise se déchire : un torse velu. Ses narines fulminent, ses souliers craquent : des pattes griffues. Il est devenu si grand que son ombre a plongé la pièce dans l’obscurité.

Il me tend un papier dégoulinant d’un liquide rouge épais, contrat à durée plus-que-déterminée, puis-je déchiffrer. Et, d’une voix d’outre-tombe :

Alors là, vous alors, vous êtes une comique, hein ? Rien que pour cela, vous le méritez, ce poste ! Signez maintenant ! SIGNEZ !

Je mords discrètement dans une gousse d’ail et tire de ma poche mon pieu en bois. Comme quoi, les annonces Pôle Emploi, hein…

 

 

 

 

 

 

 

Au corps de l’été

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L’été, je l’attends comme un Graal infini, le couronnement de tous mes efforts de l’année.

Parce que cet hiver, les coquillettes-gruyère n’ont pas eu raison de moi, oh non, pire encore, elles m’ont littéralement possédée, me faisant muter en über bonhomme Michelin rose, les poches pleines de Kinder Bready (œuvre du démon), un green-smoothie (pour les légumes) verrouillé à la main, tout en me fracassant au plafond de verre que représente l’inégalité salariale homme-femme.

J’ai méprisé les chouquettes mais les pizzas, mes amis, les pizzas devant une bonne série…renie ton père et ta mère pour la quatre fromages du jeudi soir, comme dit l’adage.

Une année durant laquelle j’ai cédé à l’angoisse de la balance en m’inscrivant au temple de la sueur et de l’ego sur-alimenté, j’ai nommé, la salle de sport. Un lieu béni où trois carrés de chocolat se convertissent irrémédiablement en une centaine de tractions. J’y ai découvert des muscles inconnus et les affres de la dure réalité (non, on ne peut pas perdre des cuisses tout en gagnant des seins en une heure de vélo).

Et puis, il y a eu la période électorale, durant laquelle ma consommation de glucides a sensiblement augmenté. La faute à mes angoisses nocturnes devant des chaînes d’info en continu m’expliquant que le FN, hein, et pourquoi pas ?

Oui, j’ai eu la satisfaction immense de traverser cette année au pas de course, entre quatre entretiens d’embauche particulièrement réussis (« On est bien d’accord : pas d’enfants pendant cinq ans, ok ? » /  » Gérer deux postes et être payée au Smic, ça vous convient ? « ), quelques pauses cocas, quinze TER retardés, trois ruptures et autant de victoires.

J’ai croqué ces kilomètres la fourchette à la main et la mini-jupe aussi relevée que possible, courant à en perdre haleine après le temps, les projets personnels, piétinée par le manque de reconnaissance, la crainte d’échouer, mais brûlante d’une foi absurde en l’avenir. Alors après pareille année, j’ai hâte de parader en maillot deux pièces, bedaine triomphante, cuissot altier.

Mon corps de femme, moqué, vilipendé par les magazines féminins et leur littérature culpabilisante que j’utilise, à chaque solstice, en guise de tisons pour entretenir le foyer du barbecue.

Mon corps de femme, amoureux, épuisé, amaigri, rebondi, vibrant, critiqué, tatoué, affamé, dynamisé, éperdu. Les batailles de cette année l’ont façonné, et mon tour de hanche en est la fière récompense.

Durant ces grandes vacances, j’ai envie de la redécouvrir, cette bonne vieille enveloppe, libre, échaudée, désirante et inspirée, mon antre douce-amère où l’ambre précieux de mes amours imprime ses effluves au compte-gouttes.

Nos corps de femmes retrouvés, le temps d’un été.

Picture@Thomas Jackson « Take Out »

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