La conspiration de la dosette attendra

 george_clooney nes

N’avez-vous jamais remarqué son petit air supérieur avec son opercule rutilant ? A peine née qu’elle prend déjà toute la place dans notre budget. D’ailleurs, quand on va s’en procurer, on a presque l’air de toxicos, le portefeuille bien en place, fiévreux à l’idée d’acquérir nos doses.

Un lieu spécialement dévoué à son nectar sacré lui a été érigé. Tons mats et murs polis, vitres légèrement occultantes. Un personnage tout endimanché vous adresse la parole tel à un baron, alors que dix minutes auparavant, vous n’étiez qu’un simple quidam.

Votre bon goût vous aurait-il sauvé de l’anonymat ?

Le café, enfermé dans un minuscule réceptacle d’aluminium, semble vous avoir soudain permis de prendre du galon. Adieu donc, pauvre fève, toi et ton odeur âcre de toasts carbonisés. D’ailleurs, on ne s’en souvient presque plus. Et ce ne sont pas les soupçons philosophiques d’un Raphaël Enthoven courroucé, dans sa « Matière première » (éd. Gallimard) qui diront le contraire.

Il faut admettre que le bon goût n’est pas aisé à définir. Il adopte chaque jour des codes différents. La junk-food est devenue healthy, dès lors que servie avec un steak informe et un emballage en carton recyclé. Le fait-main s’est enfin débarrassé de son aura de loisirs « Femme Actuelle », du moins, associé à un sac à main créateur.

Le bon goût supposé rassure autant qu’il interroge sur notre aptitude à reconnaître ce qui est bon. Un peu comme ces dosettes justement calibrées pour une expérience gustative définie…par un chef de produit en gants de plastique. Et un torréfacteur, c’est un postier tourangeau. Comment cela, n’importe quoi?

Ma grand-mère disait : « ce que la foule acclame à grands cris, très vite l’oublie ». Oui, elle parlait un peu comme Maître Yoda, passons. Mais c’est dire à quel point le goût adhère, peu à peu, parfaitement aux tendances insufflées par le marché. Un peu de pastille effervescente goût thé?

Allez quoi ! Avouons qu’en pénétrant chez Nespresso, on espère UN PEU que le vendeur/confesseur/grand intendant aura autant d’égards pour nous que pour les sourcils grisonnants de Sexy-Georges. Car se faire servir avec déférence confère l’assurance d’être sur la bonne voie.

Et puis parfois, comme une persistance rétinienne inattendue, on se surprend à se contenter d’un bon jus bien corsé, à base de grains de café fraîchement moulus et pire, d’aimer cela passionnément, au point de démonter notre machine à dosettes pour en faire une fusée pour notre neveu.

Tu voudras autre chose avec ton expresso? Quoi? Du lait lyophilisé? Tu sors par la fenêtre, tout de suite.

Hauts les cœurs !

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4 réflexions sur “La conspiration de la dosette attendra

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