Fumée-moi?

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Le tabac tue. Le tabac pue.

Même si la bouche qui serre la clope touche au sublime, on pourra difficilement lui pardonner nos cheveux enfumés, nos narines irritées. Et le regard suspicieux de nos proches « mais puisque je te dis que je ne fume pas!« . Cependant, entre deux quintes de toux, on peut offrir au mégot un intérêt plus sincère.

La cigarette est un vilain défaut. Celui de ceux qui ne parviennent pas à exister cinq minutes sans tenir un bout de papier tiède entre les lèvres. De ceux qui considèrent qu’un café le matin ne s’accompagne pas de tartines grillées mais d’un fumet âcre et amer. C’est le défaut de ceux qui n’ont toujours pas compris que dans une cigarette, il n’y avait quasiment pas de tabac.

Alors, pourquoi avoir envie de fumer, maintenant que l’information se propage à une vitesse inouïe, qu’on ne peut que juger coupable ce  »bâton de cancer » et que la circonstance atténuante du « bin, je ne savais pas » demeure irrecevable?

Parce que cela reste un étrange instrument de socialisation, cette fichue baguette. Elle fascine, et interroge notre solitude. S’en griller une revient à décider pour soi, envers et contre tout et tous, malgré la terrible réalité à laquelle est aussitôt rattaché tout fumeur de gitanes. Elle favorise la conversation en pleine rue, réunit après un repas, oppose les collègues. Elle fait circuler des millions de consommateurs sur une corde raide et courte, si courte !

Cette fumée s’échappe des commissures des lèvres telles des hésitations qui s’envolent et des inquiétudes qui se consument, enfin. Une cigarette, c’est une introspection de goudron et un remord à chaque bouffée.

Quelle est donc la cause profonde de cet étrange rituel dont tous connaissent la funeste issue ? La faute à Uma Thurman, toute perruquée de noir, un bâtonnet entre les doigts ? La responsabilité est-elle à rechercher auprès de la figure tutélaire du père ou du grand-père, s’en grillant une paisiblement, le front penché sur son journal ? Ou ce satané Lucky Luke, son petit air supérieur et son slim bien trop moulant?

La cigarette est un des rares sujets à pouvoir réunir des convives autour de thématiques aussi variées que la santé, l’économie, la naissance, la fin de vie, le respect d’autrui, le destin. Un simple mélange de produits toxiques pour parvenir à des conversations hautement philosophiques, sans même le réaliser et s’ennuyer.

Il ne sera jamais l’heure de réhabiliter la cigarette. Tenter de saisir toutes les nuances de la psyché de son consommateur pourrait peut-être offrir des réponses plus percutantes, tant le tabac s’imbrique dans un genre social singulier (et auquel le succès des enseignes dédiées à la cigarette électronique fait évidemment écho). L’avenir aura t-il donc la forme de narines fulminantes ?

Quant aux autres, les conquis et récidivistes, mis à part cacher leur briquet, la zone fumeur sous la canicule, la pluie et le froid reste un mode de pression tout à fait fascinant.

Hauts les cœurs !

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